Pour une petite lecture

La photographie a été prise en juillet 2004 par Johann Dréo (nojhan)-- Wikipedia

C’était un soir ombragé pendant lequel Tristan marchait le long du lac. Il faisait frais mais il ne le sentait pas, comme s’il habitait le rêve et que le toucher n’était pas le sens dans lequel il devait le comprendre. Il goûtait l’eau en la regardant. Elle était fraîche et minérale mais avait un goût aiguisé de terre, de la boue que ne remuaient pas les grenouilles chantantes.

La lune grouillait de couleurs dans son coeur, alors que le lac n’en refletait que les scintillements blancs. Il y voyait des guignols roses, jaunes et verts-lime, fanfaronnant leur joie. Tous lui ressemblaient étrangement, gargouilles moqueuses et ivres de bonheur quoique dangeureusement suicidaires de leur débordant d’idéal.

Une ombre surgit de l’eau. Une ombre lui pesa les paupières. Une ombre lui rafraîchit les artères. Il était si bon de dormir, debout, de se solidifier, de s’enraciner et de se multiplier les membres comme le faisaient secrètement, constamment ses neurones enflammées.

En suspension entre l’éveil et le rêve, il tanga. Libéré de son corps, son âme se trouva dans une barque, clapotis-clapotant, se foutant ainsi du silence qui prétendait si bien régner parmis les pins, pourtant carressés par l’air étoilé qui filait, qui ficellait les bulles de l’abysse noir et froid au dessous et qui finissait les mots de Tristan au dessus de ses cils pour que lui n’en ait pas besoin.

Puisqu’au-dessus de lui s’offrait le monde; Puisqu’au-dessus de lui il goûtait le foie crémeux, la pomegrenade qui pète sous la dent et le fromage qui s’effrite à la poignée; Puisqu’au-dessus de lui ruisellaient des rivières de kiwis pressés léchant des peaux de cuivres dorés écrasés sur les côtes Lunaires de la Cacaphonie; Puisqu’au-dessus de lui s’offraient des danses, des danseuses aux bouts de pieds de cochons mais aux crignasses blanches et soyeuses;

Il ne voulait plus revenir. Il ne voulait plus se souvenir. Il ne voulait plus savoir qu’il ne rentrerait pas, qu’il ne s’entenderait pas. Que son corps n’était fait que d’écorce. Que ses pairs ne le voyaient que noir et impair, qu’en rangée de boisé, qu’en forêt de comté. Qu’en fait on ne verrait pas.

Il vit ses pieds. Il vit la lune. Il y resta.

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